Le succès de la “cinéphilosophie”

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Le succès de la “cinéphilosophie”

CANNES 2012 | Le duo cinéma-philosophie se porte comme un charme. Mais comment filmer des concepts sans être barbant ? Michael Haneke, les frères Dardenne et Bruno Dumont ont leur petite idée…

Le 19/05/2012 à 00h00

Juliette Cerf – Télérama n° 3253

Illustration  : Marion Brosse

La Palme d’or 2012 sera-t-elle philosophique ? Les trois dernières l’ont été, assurément. 2011 : The Tree of life, de Terrence Malick ; 2010 : Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures, d’Apichatpong Weerasethakul ; 2009 :Le Ruban blanc, de Michael Haneke. Un trio de films majestueux, invitations à la méditation sur la création du monde (Malick), la métempsychose (Weerasethakul), la généalogie de la violence (Haneke). Trois films qui s’emparent de l’espace-temps et se confrontent à l’invisible, avec une puissance toute démiurgique. « Le cinéma est une pensée qui prend forme tout autant qu’une forme qui permet de penser », selon la formule secrète de Jean-Luc Godard. « Je pense, donc le cinéma existe », abrégeait-il, s’amusant à détourner l’énoncé cartésien.

Même Descartes n’en douterait pas : le cinéma et la philosophie font bon ménage. De leur union est récemment né un vocable : la « cinéphilosophie ». Côté coulisses, saviez-vous par exemple que quelques grands habitués de Cannes, comme Michael Haneke, Luc Dardenne, Bruno Dumont ou ce nouveau venu, Wes Anderson, qui ouvre la cérémonie avec Moonrise Kingdom, avaient étudié la philosophie ? Que Terrence Malick, qui fut l’élève du philosophe cinéphile Stanley Cavell, avait traduit Martin Heidegger ? Et qu’un grand livre de philosophie, paru il y a quelques jours, avait été écrit par… un cinéaste ? Etoile de la Croisette, deux fois Palme d’or (pour Rosetta, en 1999, et L’Enfant, en 2005) avec son frère, Jean-Pierre – qui préside cette année le jury de la Cinéfondation et des courts-métrages –, Luc Dardenne vient de publier Sur l’affaire humaine, un essai bouleversant, surprenant, qui plonge le lecteur au cœur des thèmes auxquels les frères belges reviennent sans cesse, comme la responsabilité, la parenté, le pardon ou la mort.

« Qu’est-ce qu’avoir peur de mourir ? Voilà la question qui m’a obsédé pendant la préparation et le tournage du Gamin au vélo, raconte le cinéaste. En écrivant ce texte, je me suis mis dans la peau de l’enfant abandonné, qui est sauvé par la femme qu’interprète Cécile de France. Elle lui rend son enfance, c’est-à-dire qu’elle lui porte un amour absolu au point qu’il ne craint plus la mort. Seul l’autre est en mesure d’apaiser cette terreur. C’est parce que j’ai été aimé que je peux devenir responsable d’autrui. Tant que je vis dans la peur de mourir, l’autre restera mon ennemi. » L’accès soudain à cette reconnaissance, à ce face-à-face entre soi et l’autre, est le grand enjeu des films haletants des frères Dardenne. « Sur ce plan, je suis l’homme d’un seul philosophe : Emmanuel Levinas, le philosophe de l’altérité, qui est mort pendant que nous tournions La Promesse. De film en film, c’est lui que je lis et relis. C’est lui qui m’a donné l’amour de la pensée. Il m’a parlé comme aucun autre penseur ne l’avait fait. Son analyse du visage m’a libéré. Pour moi, penser avec Levinas et penser avec le cinéma, c’est se confronter à une même scène : le face-à-face des visages. » Ainsi dans Le Fils, le regard de l’adolescent criminel empêche le meurtre qu’Olivier Gourmet désire commettre pour venger son fils. « Comment sortir de la peur de mourir sans tuer ? Voilà l’affaire humaine ! » synthétise le cinéaste-philosophe.

« Si l’on considère la philosophie comme un métier, les ciné­astes ne sont pas philosophes. Mais si, par philosophe, on entend celui qui réfléchit aux grands problèmes de la vie, alors là, oui, le cinéaste est philosophe », précise Michael Haneke, habitué à représenter la question du mal, de la violence. Et à provoquer le spectateur… Il confie avoir été influencé pour sa part par le penseur allemand Theodor W. Adorno. Qui, dans ses Minima Moralia, Réflexions sur la vie mutilée,écrivait : « Tu n’es aimé que lorsque tu peux te montrer faible sans provoquer une réaction de force. » Cette idée sera-t-elle le fil rouge du nouveau film de l’Autrichien,Amour, l’histoire d’un couple de parents octogénaires, interprétés par Emmanuelle Riva et Jean-Louis Trintignant, dont la relation est mise à l’épreuve par l’accident qui frappe la mère ?

Amour : ce titre, cinéphilosophique en diable, rappelle celui d’une autre œuvre estampillée abstraite et réflexive, L’Humanité, de Bruno Dumont. Ce film radical défraya la Croisette en 1999 et illustre bien ce que les concepts peuvent devenir au cinéma. Tout le parcours de cinéaste de Bruno Dumont, ancien professeur de philosophie, a en effet con­sisté à se libérer du poids de l’intellect, de la cérébralité, pour accéder à une matière sensible, plus primitive, plus ­archaïque – la nature plutôt que la culture, comme il aime à le répéter. « Regarder un cinéaste qui pense, c’est ennuyeux au possible ! » disait-il à Télérama au moment de la sortie de son brutal premier film, La Vie de Jésus. Sur l’écran, la métaphysique devient physique. L’abstraction devient geste. Le concept se change en objet. « L’essentiel du cinéma, c’est l’accessoire, confirme Luc Dardenne. Dans nos films, à la différence des pages de Levinas, les visages sont là, les corps sont là, les accessoires sont là, les couleurs sont là, le monde est là. Rien de pire que les films à thèse, les films pensums ! »

Si le cinéaste se confronte aux questions essentielles de l’existence (le temps, l’amour, la mort, etc.), s’il tente, comme le philosophe, de saisir le sens du monde, il le fait avec son langage à lui, matière visuelle et sonore. Aux idées, il substitue des images. Et c’est l’image qui est alors idée. Les grands films en ce sens, loin de clore une interprétation, laissent librement penser le spectateur, lui ouvrent des horizons. « Proust parle d’un sommeil où l’on perd la mesure du temps, analyse Luc Dardenne. Pour moi, c’est cela, la pensée au cinéma, et elle engage autant le corps que l’esprit : le fait d’être plongé dans un état de non-identité, de vivre un bouleversement affectif, moral et esthétique. Hétérosexuel, je deviens homosexuel ; homme, je deviens femme ; adulte, je deviens ­enfant. Je ne sais plus vraiment qui je suis, je suis ce que le film est en train de faire de moi. Je suis dans la vibration. C’est cela, l’expérience de pensée du cinéma. »­

> RETROUVEZ TOUTE L’ACTU DU FESTIVAL DE CANNES 2012

A Lire
Sur l’affaire humaine
, de Luc Dardenne, éd. du Seuil, coll. La librairie du XXIe siècle, 194 p., 18 €.

Sélection officielle, en compétition
Amour, de Michael Haneke.

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